dimanche 1 avril 2018

Marilyn Stellini et les auteurs helvétiques


28 MARS 2018 / KSANGIL


Il y a peu, j’ai intégré un groupe passionnant : Auteurs helvétiques de littérature de genre.

En quelques clics, je suis tombée dans la solidarité, les projets, la promotion (collective et individuelle) et ce que l’on pourrait qualifier d’amitié virtuelle. C’est un réel plaisir de découvrir d’autres auteurs suisses qui souhaitent mettre en avant les genres littéraires : fantasy, fantastique, polar/noir, romance, SF et tous leurs sous-genres.

Ce rassemblement d’auteurs a débuté grâce à Marilyn Stellini. Je vous propose donc de faire sa connaissance et d’en apprendre plus sur elle est les Helvètes associés.


Bonjour Marilyn, auteure amoureuse des mots, de l’art et des sentiments. Pourrais-tu nous parler un peu de toi ?
Petite, je dévorais les contes. J’adorais ça. Je les lisais et les relisais en boucle et je sautais de joie quand on m’offrait un recueil de Grimm ou Perrault. Adolescente, je passais presque tout mon argent de poche dans les livres, j’adorais par exemple la série « Alice détective ». Du polar, donc, après l’univers fantastique des contes. Ces univers ont influencé mes lectures d’adulte puisque la série « Outlander » a véritablement marqué ma vie, pas seulement d’auteure. Et puis il y avait aussi les romans Harlequin que je piquais à ma grand-mère qui en avait des cartons entiers au grenier. Je n’ai en fait jamais vraiment été attirée par les histoires ordinaires de gens ordinaires, pour moi, lire, c’était m’évader, et le plus loin possible, dans la magie, les grandes quêtes, les grandes histoires d’amour…
Jusqu’à ce que je m’évade dans mes propres univers. Vers mes 7 ou 8 ans, pour un devoir de classe, j’ai écrit un conte. Mon instituteur l’a trouvé tellement bien qu’il en a fait des petits livres pour toute la classe. Beaucoup d’essais, d’esquisses, ont vu le jour par la suite, jusqu’à ce que je décide de m’y mettre sérieusement au début de ma vingtaine. Ecrire, c’est une montagne à gravir. Pas facile d’être tout en bas et de constater que le sommet est encore si haut. Mais une fois dans les nuages, on plane, bien sûr…

Ma première publication n’a pas été mon premier roman rédigé, réellement achevé il y a quelques semaines après de nombreuses corrections et réécritures. Ce fut un roman très très intimiste qui m’a appris à tremper la plume dans mon propre sang pour écrire. Le roman est devenu un diptyque paru aux Editions Milady.

Mon 4e roman à paraître est entre le feel-good et la romance contemporaine, et enfin, le tout premier roman, le début du cycle « Evolution », est à la croisée du fantastique et de la fantasy.

La culture suisse a-t-elle une importance centrale dans tes écrits ?
En fait, pas du tout. Pour le moment, mes 4 romans rédigés se passent en Grande-Bretagne parce que j’aime cette Terre de manière irrationnelle, mais c’est plus une question de paysage que de culture, même si on retrouve de temps en temps les rituels du thé et des scones. En fait, j’essaie d’écrire des romans non pas universels, puisqu’ils sont tout de même ethno-centrés, mais très occidentaux de manière générale.

Tu es à l’origine de la création du Salon du livre romand de Fribourg qui vient de fêter sa 4e édition. Après 3 années à sa tête, as-tu ressenti la nécessité de promouvoir l’Imaginaire autrement ?
C’est exactement ça. C’est pour cela que je me suis dit qu’il fallait qu’on se regroupe entre potes et connaissances de ces univers particuliers, nous qui sommes toujours en marge des récits contemporains à succès, dans les librairies comme dans les salons. C’est justement au cours de la 4e édition du Salon du livre romand que j’ai constaté à quel point des couvertures de style épique ou romantique pouvaient effrayer le chaland traditionnel, empli de préjugés pour le « genre », qu’il associe au choix à des romans de gare, à des produits de la culture geek pour adolescents attardés, ou encore à de la guimauve coulante sous forme de mots pour des mères de famille en mal de sensations fortes. Le grand public ne s’imagine pas que le genre peut-être une occasion très pertinente d’aborder de grands sujets de sociétés, tels que l’eugénisme pour Harry Potter, une critique qui est au cœur de l’intrigue principale, ou la solidarité entre les peuples pour Tolkien et sa communauté de l’anneau qui regroupe des êtres aussi différents que Nains, Elfes, Hobbits… dans une quête commune. Je perçois le genre comme une métaphore filée sur tout un roman, voire une série de romans, pour mieux nous parler de qui nous sommes, et je rêverais que le grand public perçoive également cet aspect.



La Suisse fourmille de talents « cachés », serait-ce cette impression qui t’a donné envie de créer un groupe d’auteurs helvétiques ?
Je me suis plutôt aperçue du nombre élevé d’auteurs de genre à la création de ce groupe, ce qui a été une très belle surprise, et qui me motive d’autant plus. Non, la création de ce groupe était plutôt du fait que, en Suisse plus qu’ailleurs, la culture est très traditionaliste, il n’y a qu’à observer la scène politique à majorité conservatrice pour s’en rendre compte. On accueille moins facilement ce qui vient d’ailleurs, ici. Le genre est plus méconnu encore en Suisse qu’ailleurs. Pour preuve, sauf erreur de ma part, il n’existe pas de maison d’édition suisse romande (ou suisse tout court) spécialisée dans l’imaginaire, est ce n’est ni une question de marché, ni une question de nombres d’auteurs à publier. Souvent, les critiques littéraires ont tendance à classer dans un dénominatif fourre-tout « science-fiction », tout ce qui a trait à l’imaginaire. Quant à la romance, il semble que ça ne vaille même pas la peine pour eux d’en ouvrir un livre.

Il est donc temps de lutter contre cet obscurantisme en communiquant, et en communiquant de manière coordonnée. L’union fait la force !

Comment comptes-tu mettre à l’honneur les genres littéraires ?
Nous rassembler permet de mettre en commun nos lecteurs, qui sont tous amateurs des mêmes genres de livres. D’autre part, accorder nos violons dans un discours commun nous permettra d’avoir plus de visibilité dans la presse. La prochaine étape, lorsque tous les auteurs intéressés se seront manifestés, sera de diffuser un communiqué de presse dans l’espoir de décrocher des interviews. Je souhaite également augmenter notre présence sur le web en relayant les actualités des uns et des autres. Enfin, nous regrouper nous permettra d’organiser plus facilement et efficacement notre présence en salons tels que les Swiss Fantasy Show ou les Imaginales, voire les Futuriales et d’autres, mais aussi en salons généralistes pour conquérir de nouveaux lecteurs.

Quels sont tes attentes et tes projets par rapport aux auteurs qui ont rejoint cette petite communauté ?
Ce qui serait le plus beau à mes yeux, c’est que tout le monde apprenne à connaître tout le monde, s’implique à son échelle, et se soutienne dans sa vie d’écrivain, dans ses processus d’écriture, etc., se lise parmi, se recommande parmi, et fasse vivre la communauté par des articles, des interviewes, pourquoi pas des vidéos, etc.

Qu’envisages-tu comme prochaines étapes pour ce groupe ?
Que tous les auteurs inscrits aient envoyé leur présentation pour nourrir la page Facebook et le blog serait déjà beau ! Chaque chose en son temps. Ensuite, étendre nos réseaux sociaux, et enfin nous retrouver dans les salons. La prochaine date sera le Swiss Fantasy Show en mai, où nous serons six.

Merci pour tes réponses Marilyn.

Amis lecteurs, j’espère que vous avez eu plaisir à découvrir celle qui se cache derrière cette initiative et que vous penserez plus souvent à lire des romans d’auteurs suisses.  J’espère également que vous suivrez avec autant de plaisir que moi l’évolution de ce groupe. À bientôt sur les salons!

Liens
La page Facebook
Le blog

Vous pourrez prochainement suivre les Auteurs Helvétiques de littérature du genre sur Instagram et Twitter.


mardi 27 mars 2018

Interview : Amélie Hanser



L’interview: Amélie Hanser


Elle écrit ses premières histoires à l’âge de huit ans, puis finit par donner naissance à une trilogie de fantasy en attendant de se lancer dans d’autres défis littéraires. Amélie Hanser me fait l’honneur de répondre à mes questions cette semaine.
blog interview

Tu as signé une saga de fantasy en trois tomes, intitulée « La Terre des Héros. » Est-ce que tu l’as toujours envisagée comme une trilogie ?

Pas vraiment. En réalité, j’ai commencé cette histoire quand j’étais au lycée, surtout pour moi. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais en faire, j’écrivais comme un loisir. Au début, elle devait se terminer après la bataille du tome 1. J’avoue avoir été très étonnée d’arriver à la 100e page et de me rendre compte que ça ne suffisait pas. Au fur et à mesure du temps, et surtout de mes études, l’histoire s’est étoffée et surtout complexifiée. Lorsque j’ai réalisé qu’un tome ne me suffirait pas, j’ai pensé à une trilogie.

Depuis combien de temps cette histoire mûrit en toi ? 

J’avais déjà la trame de cette histoire en tête durant mon adolescence, mais elle se déroulait dans un univers de Science-fiction. Finalement, j’ai commencé cette histoire en 2005, soit il y a 13 ans maintenant. Il faut croire que je ne suis pas rapide. En réalité, il s’agit surtout de la trame générale, car l’histoire a beaucoup changé. En 2013, j’ai complètement remanié mon univers et changé le nom de pratiquement tous les personnages principaux.
pre

« La Terre des héros » s’axe sur des motifs classiques de la fantasy. Est-ce une volonté de ne pas brusquer le lecteur ?

Là encore, je n’ai pas réfléchi à tout ça avant, puisque « La terre des héros » devait rester privée. J’ai écrit comme ça venait, sans préméditation. À l’époque, il y avait même des nains, des elfes et des orques. Depuis, j’ai repensé l’histoire et surtout l’univers. La trame du tome 1 Héritage peut paraitre classique, mais la trilogie prend plus de personnalité dans les deux suivants.

Passionnée d’histoire, tu es détentrice d’un master en histoire des religions. Quelle place cette spécialisation occupe-t-elle dans ton œuvre littéraire ? 

Une grande place. Le concept même de l’univers provient d’un motif récurrent dans les religions antiques, celle d’une terre qui accueille les héros valeureux. Cette terre est le Valhalla des uns, les Champs Élysée des autres, etc. Les héros qui ont peuplé ce monde ont conservé leur religion et leurs rites. J’insère aussi dans mon récit des lais qui reprennent certains mythes. La religion est une part importante d’une civilisation et a longtemps conditionné tous les domaines de la vie des hommes, de l’alimentation à l’art. De plus, les religions possèdent beaucoup des points communs entre elles, et c’est ce que je veux illustrer dans ma trilogie.

« Les histoires que nous aimons vivent en nous pour toujours », a dit JK Rowling. Quelle trace aimerais-tu laisser dans les mémoires de tes lecteurs ? 

Qu’ils m’adulent ! Non plaisanterie à part, laisser une trace est déjà une bonne chose. Et si c’est positif, c’est encore mieux. Je souhaite avant tout qu’ils passent un bon moment, car c’est le but premier de la lecture.

Tu es attachée à une saine représentation des genres, des ethnies et des orientations sexuelles en littérature. Pourquoi, à ton avis, les littératures de l’imaginaire ont-elles du retard dans ce domaine ? 

J’ai justement écris un article sur ce sujet (« Auteurs, pensez à la diversité »). Oui, sans forcément le vouloir, les littératures de l’imaginaire reprennent souvent des motifs répétitifs qui deviennent à la longue discriminants. Je ne pense pas que cela soit volontaire, comme l’image de la femme qui oscille entre demoiselle en détresse, guerrière farouche presque nue ou encore servante. On retrouve cela autant chez les auteurs que les autrices.
En ce qui concerne l’orientation sexuelle ou l’origine ethnique, je pense que les auteurs ne se posent pas forcément la question de mettre un personnage homosexuel ou non caucasien. La fantasy n’est pas épargnée, même si la présence de différentes peuplades donne parfois une illusion de diversité. En même temps, il ne faut pas se servir d’une quelconque « particularité » pour caractériser un personnage. Il faut donc trouver le juste milieu et rendre l’information utile à l’histoire.
11695551_1441979426126447_1934007363749415269_n

Tu prévois d’écrire dans plusieurs genres différents. Pourquoi commencer par la fantasy ? 

Je préfère dire que ce sont les histoires qui me trouvent plutôt que l’inverse. J’ai eu cette idée de roman qui est de la fantasy, les autres qui me sont venues sont du genre historique. Peut-être qu’un jour j’écrirais de la science-fiction, je ne sais pas.

Sur quels genres vont porter tes prochains projets ?

Les idées du moment appartiennent surtout au roman historique. La prochaine sera une romance durant la Première Guerre mondiale, j’ai aussi un projet en grandes lignes sur la chute de l’Empire romain.

Une bonne partie des salons et des éditeurs spécialisés dans les littératures de l’imaginaire sont en France ou en Belgique. Est-ce un handicap d’être basée en Suisse ? 

En quelque sorte, oui. Je trouve la Suisse un peu fâchée concernant la mise à disposition des informations sur internet. Il n’est pas évident de trouver un salon et encore moins de connaitre les conditions pour s’inscrire en tant qu’auteur. De plus, la question de la langue ampute géographiquement le lectorat suisse potentiel. Il faut aller dans des salons de pays voisins et ce qui engendre des frais supplémentaires (hôtels, essence, etc.)

L’autoédition, dans ton cas, est-ce une volonté ou as-tu tenté d’approcher des éditeurs avec ton manuscrit ?

Dans un premier temps, j’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs maisons et ai même signé un contrat. Mais la maison d’édition a fermé et j’ai récupéré mes droits. J’aurais pu continuer à démarcher, mais j’ai décidé de m’autoéditer pour essayer de voir ce que j’arrivais à faire.

Et qu’est-ce que tu es arrivée à faire? Tu es satisfaite de ta démarche?

S’auto-éditer n’est pas une question de facilité, bien au contraire. Il faut pouvoir présenter un livre qui a tout d’un édité, en ayant tout fait tout seul. La première fois, plusieurs fautes m’avaient échappé. J’ai dû rééditer le tome un mois après pour corriger mon erreur. Il faut aussi se renseigner sur la législation, la communication ou les canaux de distribution. Pour réussir sa démarche, il faut aussi reconnaitre ses propres limites. Dans mon cas, après avoir tenté de faire moi-même la couverture, je me suis rendu compte qu’il fallait que je passe par un professionnel pour qu’elle ressemble à ce que je voulais.
Aujourd’hui, je suis assez fière de m’être lancée dans cette aventure. Mes ventes dépassent largement le cercle de mes connaissances, ce qui me montre que je suis sur la bonne voie. En revanche, je ne suis pas à l’aise dans la promotion active ni dans le démarchage de librairies, là où une maison d’édition serait sans doute plus présente sur ce plan.

Existe-t-il des astuces pour écrire lorsque l’on est mère de famille ?

Profiter des siestes des enfants, et avoir un super mari qui comprend que ce soir on préfère écrire. Il faut trouver du temps par-ci par-là, ce qui n’est pas évident. Si je ne suis pas trop fatiguée, j’essaie de m’y mettre le soir, mais je n’y arrive pas toujours.

Au-delà de ça, un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

Lancez-vous, ça ne coute rien. Au pire vous abandonnez et l’histoire reste dans un coin du disque dur, au mieux ça vous procure du plaisir et peut-être même de la fierté d’avoir accompli quelque chose. La question de la publication et des ventes, au final, n’est qu’un bonus.
________________________________________________________
Merci à Julien Hirt pour l'interview. Lien vers l'interview originale.

jeudi 15 mars 2018

La littérature de genre

La littérature de genre s'oppose à la littérature générale, terme qui désigne traditionnellement des fictions narratives ou des récits de vie contemporaines.

De fait, de nombreux ouvrages sont classés dans la littérature générale alors qu'ils appartiennent à ce qu'on appelle "le genre": science-fiction, fantasy, romances... puisque lorsque l'étiquette est posée sur un livre, c'est une garantie supplémentaire qu'elle touche à un public acquis à ce qu'il connaît et ce qu'il aime, mais peut être aussi une barrière pour les autres lecteurs, qui ont bien souvent des préjugés.

C'est pour cela que le genre a besoin de sortir de l'ombre des sous-sols des geeks qui les parcourent entre deux parties de jeux vidéos, ou des tables de chevet des mères de famille qui lisent quelques pages de chick-lit pendant les siestes de leur bébé.

Sans doute est-il temps de casser les barrières et de faire connaître au grand public "le genre".